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La Souffleuse

« comme le sens a besoin des mots, ainsi les mots ont besoin de notre voix »

Retour à Reims

© Mathilda Olmi, photo de presse du Théâtre de la Ville

Passer la porte d’un théâtre, puis entrer dans un studio de radio, pour finalement s’immerger dans les images d’un documentaire afin de mettre en scène un essai sociologique et philosophique, tels sont les rites de passage imposés par Thomas Ostermeier dans Retour à Reims. Ce vaste champ des possibles est exploité avec doigté et permet au spectateur de comprendre pourquoi il est si délicat d’adapter à la scène un écrit autobiographique. En effet, le texte qui nous est lu par Irène Jacob est extrait de l’essai du même titre de Didier Eribon. Dans cet ouvrage, l’auteur retrace son exil voulu de la banlieue de Reims à Paris et de la classe ouvrière à laquelle appartient sa famille à l’intelligentsia mondaine. Au fil des lignes, il devient de plus en plus évident que son rejet du milieu familial fut un rejet de classe, aussi bien qu’une protection salutaire contre l’homophobie. Il décrit ainsi en quoi il lui fut plus facile en tant qu’intellectuel de mener l’analyse de ce qu’il nomme la « honte sexuelle » que de reconnaître la honte sociale qui le rongeait. (suite…)

La Nuit des Rois ou tout ce que vous voudrez

© Jean-Louis Fernandez, photo de presse de la Comédie-Française

Les comédies méritent et demandent qu’on les mette en scène. Ostermeier le prouve une nouvelle fois à son public en choisissant de monter la Nuit des Rois ou tout ce que vous voudrez à la Comédie Française. Texte shakespearien d’autant plus difficile d’accès qu’il repose sur l’humour, il est ici révélé par la mise en scène exubérante et jubilatoire qu’en propose le metteur en scène allemand. En effet, ce drame de la représentation est une farce aussi cruelle que drôle et qui rappelle à son spectateur à quel point le rire est puissant, et donc bien souvent destructeur. Complice d’une violence tout d’abord latente puis explicite, le rire du spectateur le rend coupable de la méchanceté perverse qu’il voit s’exprimer devant lui. Il s’agit pourtant d’une pièce où l’on rit vraiment et Laurent Stocker et Christian Montenez s’en donnent à cœur joie, mêlant folie, grossièreté, esprit et lucidité. L’aspect contemporain de certains sketchs est ici bienvenu, et placé dans la bouche des fous, il sous-entend que la conscience sociale de l’époque leur appartient et qu’en un sens, c’est à eux que nous devrions prêter attention. (suite…)

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