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La Souffleuse

« comme le sens a besoin des mots, ainsi les mots ont besoin de notre voix »

Architecture

© Jean-Louis Fernandez, photo de presse du Théâtre des Bouffes du Nord

Le dépouillement blanc et lisse du plateau contraste avec les murs rouges et élimés du théâtre. Des bobines que l’on ne sait interpréter bordent le fond de la scène. Des hommes et des femmes entrent, vêtus de blanc, et s’accordent au son d’un violon, par une danse aux inflexions slaves. Le décor d’Architecture est posé.

La structure, qu’elle soit matérialisée par un bâtiment, par la famille ou par l’armée, triomphe dans cette pièce dont les personnages tentent d’ébranler les lignes, consciemment ou inconsciemment. Vécue dans la violence, la norme d’abord synonyme de beauté révèle vite ses monstruosités inhérentes. Deux fils, deux filles et un père, tous bancals en amour, s’affrontent sur fond d’éclatement de la Première Guerre mondiale. Au milieu des Jacques Weber et Anne Brochet brille le talent de Stanislas Nordey, acteur qui parvient à transmettre la vérité de son personnage d’un regard, d’un mot répété qu’il suspend dans l’air, de son corps en appui vers un dire impossible.

La pièce, d’écriture contemporaine, reprend les répétitions lyriques d’un Lagarce en y mêlant la trivialité du quotidien dans une bizarrerie qui intrigue le spectateur. Certains se lèvent et quittent la salle, d’autres applaudissent à tout rompre. Les ruptures de l’illusion dramatique participent à cette impression en demi-teinte et l’absurde s’invite sur scène : le fœtus en plastique, la stylisation de la mort des protagonistes et surtout la fin de la pièce ébranlent sa linéarité attendue. Ce trop-plein de choix égare sans doute le spectateur qui se raccroche aux monologues successifs des différents personnages. La longueur de la représentation, de même que le cri, par moment omniprésent, fatigue une endurance mise à rude épreuve.

La mort et la solitude semblent être l’unique horizon d’une existence de violence et de silence, séparant même ceux qui s’aiment d’un amour véritable. Ce désespoir, ces déséquilibres et leur expression occultent peut-être ce que l’auteur et metteur en scène Pascal Rambert voulait initialement interroger : la force du temps et des idéologies qui contraint des esprits brillants à se soumettre à la folie d’une époque. La relation qu’entretiennent les personnages à la norme est une question davantage moderne et que la pièce aborde plus frontalement que la question des démocraties en péril. Architecture semble donc passer à côté de son ambition première mais parvient, grâce aux détours empruntés, à aborder l’incapacité à dire, l’abandon et le refus de la structure, autant de vérités découpées et révélées par la lumière.

 

Pour en savoir plus : http://www.bouffesdunord.com/fr/la-saison/architecture

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